La crise est plus grave que celle des années 30 parce qu’il y a un retard des utopies


Entretien avec Pierre Jacquemain, Regards « La midinale », le 22 janvier 2021.

Si l’on croyait le moment venu pour tout remettre à plat, pour changer notre système, le système capitaliste, pour l’économiste Robert Boyer, auteur de Les capitalismes à l’épreuve de la pandémie (Éditions La Découverte), c’est tout le contraire : le capitalisme va sortir renforcé de la crise sanitaire. Il est l’invité de #LaMidinale.

ET À LIRE…

 Sur la politique économique à l’heure du Covid-19 
« Le quoi qu’il en coûte arrive aussi aux Etats-Unis alors que ça n’est pas du tout un Etat social. »
« Le virus a déstabilisé toute la politique économique. Le virus mène par le bout du nez toutes les politiques et ce changement a beaucoup de conséquences. »
« Le gouvernement n’est légitime d’arrêter l’industrie et les services que si on les compense. Voilà que l’Etat apparaît comme assureur du risque systémique. »
« On ne vit pas le retour du keynésianisme. L’Etat n’est qu’un assureur et on voit bien que les assurances privées ne se sont pas précipitées pour indemniser les producteurs. » 
« L’Etat n’a pas un rôle habituel. Un État traditionnel aurait été capable de distribuer efficacement les vaccins. »
« Une fois qu’on aura réglé la pandémie, nova revenir aux stratégies antérieures. »
« On ne vit pas le regain du système de planification à la française, nous sommes dans une parenthèse avant de continuer les réformes structurelles annoncées. »
« L’appareil d’Etat est en assez mauvaise forme donc nos politiques économiques sont contraintes, elles ne sont pas le fruit d’un choix. »

 Sur la gestion de la crise par les élites technocratiques  
« Le ministère de la santé a moins poursuivi un objectif de santé publique qu’il n’a poursuivi une contribution à la compétitivité de l’économie française. »
« On s’aperçoit aujourd’hui, avec la crise sanitaire, qu’on a sous-investi dans notre système de santé. »
« On a évidé les compétences de l’Etat. »
« Le mal des sociétés contemporaines c’est qu’on communique, on donne des chiffres et oublie l’intendance ce qui est très préjudiciable pour la démocratie. On organise la déception. »
« Le ministre vient de dire qu’en août prochain tout le monde serait vacciné, avec des chiffres ultra précis. Ça me rappelle la promesse de l’inflexion de la courbe du chômage d’un précédent président. Il faut avoir les moyens de réaliser ce qu’on dit. Cette détérioration de la capacité effective d’action de l’appareil d’Etat est le drame français. »
« On compense par un excès de communication l’excès de désorganisation de l’appareil d’Etat. »
« Il est bien de se tromper une fois mais il est diabolique de persévérer : on en est à la troisième fois [masques, tests, vaccins]. 
« On paie la conséquence d’une vision très libérale où la finance pilote. »

 Sur le rôle de l’Etat 
« La situation dans laquelle on se retrouve aujourd’hui plaide pour une planification des biens publics. »
« Il faut planifier notre système de santé. On n’a pas pris les mesures pour assurer la viabilité à long terme de notre système de santé. »
« La période invite à la renaissance de la planification. »

 Sur le mimétisme politique  
« Au début de la crise, les gouvernements n’avaient pas la recette et la tentative a été de dire : ‘copions les plus avancés’. On a d’abord copié les britanniques puis la Chine qui a confiné. Dans la première phase, tout le monde a essayé de copier. »
« D’un pays à l’autre, le taux de mortalité par habitant est extrêmement différent. Il y a une inégalité de la mortalité qui est impressionnante. »
« Les politiques de contrôles de nos déficits publics ont déstabilisé la compétitivité et l’excellence de nos hôpitaux. »
« On ne vit pas une grande crise du capitalisme mais une crise de la débilisation de l’Etat sous la pression des idéologies et des politiques de retour au marché. »
« Nous vivons dans une société congelée et on stagne dans la même vision depuis mars dernier : il n’y a pas beaucoup d’innovation »

 Sur la rhétorique guerrière  
« Dans une économie de guerre, on invente les prémisses de la production et de la consommation de masse. Alors que dans une économie en période de crise sanitaire, le virus bloque l’économie et effondre nos capacités de production en affaiblissant nos capacités de dépenses de santé – puisqu’on a bloqué la production. »
« Dans les guerres, on innove dans l’industrie. Dans les pandémies, on innove dans la médecine et les outils collectifs de gestion des pandémies. »
« On gouverne trop par les métaphores et les formules et ça n’a pas de sens. Nous ne sommes pas dans une guerre. »
« Les communicants ont un rôle terrifiant. »

 Sur les partisans d’une remise en cause du capitalisme 
« Les marxistes ont la mauvaise habitude de prendre une difficulté transitoire du capitalisme comme la fin du capitalisme. »
« Les bourses, même s’il y a des bulles, sont tout à fait prospères. »
« L’Etat qui était l’ennemi du capitalisme devient le sauveur du capitalisme. »
« Nous ne vivons pas une crise du capitalisme. La crise financière peut arriver mais on n’y est pas. »

 Sur le débat autour de la dette 
« Si on trouve une sortie rapide à la crise sanitaire – et alors on rouvrira les stations de ski, les cinémas et les restaurants -, il sera facile de rembourser en étalant sur vingt ans et avec une croissance retrouvée. Si les dégâts sont permanents, si la crise est durable, alors il faudra se partager les pertes. »
« La dette explose et les frais de remboursement de la dette sont divisés par deux : qui perd ? Les plus petits rentiers. »
« Sans victoire sur l’épidémie il ne peut pas y avoir de reprise économique. »
« Je suis très inquiet pour la sortie de crise : on n’a pas les outils (…). On est rentré dans un système sans savoir comment on en sortait. »
« La solution ne viendra pas des techniciens de la dette publique. »

 Sur l’obsession de la croissance 
« L’économie capitaliste c’est par définition la recherche de la croissance. Le capitalisme est consubstantiel avec la croissance. »
« Les GAFAM sont des machines dont la croissance est extrêmement dynamique. »
« Nos indicateurs de comptabilité nationale sont totalement obsolètes. »
« Les erreurs de mesure de l’Insee, alors que les entreprises sont à l’arrêt, sont monumentales. »
« La crise que l’on traverse est plus grave que celle des années 30 parce qu’il y a une inertie des représentations, par nos gouvernants, et un retard des utopies – on ne sait pas comment en sortir. »

 Sur l’économie anthropogénétique  
« Depuis les années 30 aux Etats-Unis, le seul secteur qui n’a jamais connu une baisse de sa production, est le secteur de la santé. Il est passé de 2% du PIB à 19% du PIB. »
« Aux Etats-Unis, les riches ont une espérance de vie qui s’allonge et 20% des pauvres qui n’ont pas de couverture sociale ont une espérance de vie qui décline par la drogue, la malnutrition ou la covid. »

 Sur la place de la science 
« On a confondu la science toute faite et la science en train de se faire. À chaque virus, c’est un défi pour les épidémiologistes. »
« Les virus sont des défis permanents. »
« Les chaînes d’info en continue ont joué un rôle absolument déplorable en organisant le chaos. »
« La science est un processus contradictoire. »
« Le capitalisme crée des situations qu’aucune des sciences sociales n’a bien analysées. Il convient d’analyser les phénomènes nouveaux. »

La pandémie et la gestion du nouveau trilemme : santé, économie et liberté : Quelles réponses


À l’occasion de la sortie du livre de Robert Boyer, Les capitalismes à l’épreuve de la pandémie, et en présence de l’auteur, Séminaire du Centre Cournot, lundi 30 novembre 2020

Intervenants :
Hans-Helmut Kotz (Université Goethe / Université Harvard)
Xavier Ragot (OFCE)
Robert Boyer (Centre Cournot / Institut des Amériques)

https://www.centre-cournot.org/seminaires_fr.html  https://vimeo.com/487605929

Théorie de la Régulation : Concepts et méthode


Powerpoint et zoom Présentation visio-conférence pour le DEA – EHESS, 2 décembre 2020

 l’enregistrement en mp4 (y compris le tâtonnement initial, cel
commence vraiment à la minute 13)

Valéry Giscard d’Estaing : figure emblématique de l’élite française


Alternatives Economiques, Economie+, 3 décembre 2020.

 

Como superar la pandemia: Un analisis regulacionista


Encuetros de Geopolítica y Economía Política Internacional en la Universidad Nacional de Moreno« , El rol de las finanzas en la reconstrucción de la pospandemia.MIERCOLES 11/11/2020(Argentina).

 

Le capitalisme sort considérablement renforcé par cette pandémie


Entretien par Antoine Reverchon, Le Monde, Idées, samedi 3 octobre 2020, p. 28-29

Rien à voir avec les crises du capitalisme


L’Histoire , n° 475, Septembre 2020.

Pour Robert Boyer, nous ne vivons pas la répétition d’une grande crise du capitalisme comme en 1929, mais une mise à l’épreuve de la capacité des États à répondre à la demande de sécurité sanitaire, économique, et finalement écologique, des citoyens.

L’Histoire : En quoi la crise que nous vivons aujourd’hui se distingue-t-elle des crises du passé ?

Robert Boyer : La grande nouveauté, c’est que la situation actuelle n’est pas le produit des mécanismes internes au capitalisme comme ce fut le cas en 1929, 1973 ou 2008. En 1929, la crise surgit des contradictions d’un régime d’accumulation caractérisé par une production de masse sans consommation de masse. D’où une chute abyssale de la production, avec déflation et paupérisation de la population. En 1973, c’est le modèle fordiste, fondé sur la conjonction d’une production de masse et d’une consommation de masse, qui s’enraye : à partir de 1967, les États-Unis sont touchés par une accélération de l’inflation, une stagnation de la productivité et, par contrecoup, une tension sur les salaires et un décrochage du statut du dollar. Contrairement à 1929, la demande est bien présente, mais c’est la production qui n’arrive pas à suivre. Le …

Le capitalisme est-il voué à mourir ?


Participation au Débat de France Culture,  DE CAUSE À EFFETS, LE MAGAZINE DE L’ENVIRONNEMENT par Aurélie Luneau  1 Septembre 2020 à 21 h.

Les capitalismes à l’épreuve de la pandémie


Editions la découverte, Paris, 1er Octobre 2020.

Annexes : Graphiques, figures et tableaux complémentaires à l’ouvrage, Présentation, Introduction, Chapitre 1, Chapitre 2, Chapitre 3, Chapitre 4, Chapitre 5, Chapitre 6, Chapitre 7, Chapitre 8, Chapitre 9, Conclusion.

Depuis le début de la crise mondiale de la covid-19, les questionnements sur l’avenir des capitalismes se sont multipliés. Et nombre de voix se sont élevées pour que les « jours d’après » ne soient plus jamais comme « ceux d’avant ». Dans le court terme, les pronostics étaient confrontés à une incertitude radicale, invitant à la prudence : il faudra du temps pour démêler l’écheveau des responsabilités et construire d’éventuelles alternatives.
D’où l’importance de comprendre les ressorts de la crise. Comme l’a montré le célèbre 18 Brumaire de Louis Bonaparte de Marx (1852), les meilleures analyses « à chaud » sont le fait d’auteurs ayant une vision de la dynamique du système sur un horizon long. C’est pourquoi Robert Boyer, contributeur majeur de l’École de la régulation – qui étudie l’économie comme partie intégrante de sociétés traversées par l’histoire –, est bien placé pour relever ce défi. Lors de crises précédentes, il a démontré la valeur explicative de cette approche, qui prend en compte à la fois les inerties tendant à la reproduction du système et les forces impulsant sa transformation : l’issue n’est pas écrite à l’avance et plus longtemps durent les crises, plus le retour à la situation antérieure devient improbable.
Dans cet essai, l’auteur donne à comprendre les processus déclenchés en 2020 et éclaire sur le champ des possibles. La dislocation des relations internationales, l’éclatement de la zone euro, la déstabilisation de l’État social, la montée des populismes ne sont pas improbables. Mais n’est pas non plus exclue une grande bifurcation vers un nouveau modèle construit sur la complémentarité entre éducation, formation, santé et culture, qui répondrait à la demande de solidarité des citoyens et aux exigences de la transition écologique.

Plan de survie


Entretien, Revue Esprit. L’économie contre l’écologie ? Mars 2020, n° 462.

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